La vague du paiement mobile arrive !

Orianne Garcia
Poste: 
Animatrice et femme de médias

« Mais comment faisions nous avant ? » Je ne peux m'empêcher de me poser cette question, moi qui ait eu mon 1er téléphone portable, un Nokia NHE 1XN avec son antenne rétractable, en 1995, l'année où je me suis lancée dans l'internet avec Lokace, le 1er moteur de recherche de sites francophones...


Il était beau, il était bleu, il était grand (trop), il était lourd (beaucoup trop), je l'ai adoré, je l'ai toujours (dans un placard de mon bureau). Il faut dire qu'à partir de la fin des années 90, les mobiles sont devenus des vecteurs d'innovation qui ont largement contribué à l'apparition de nouvelles normes. Nous étions quelques uns à posséder un téléphone portable... Aujourd'hui, nous sommes en 2010, déjà, et 61, 463 millions de français ont un mobile, ce qui représente un taux de pénétration de 95,8%. Le portable est devenu un prolongement de soi.

On a tout sur son mobile, ses contacts bien sûr mais aussi ses photos, sa musique, ses applis, son gps, ses sources d'infos, son agenda, ses chaînes de télé, ses vidéos, sa météo, ses jeux, ses cours de bourse, son profil Facebook, son compte Twitter... Le portable est devenu la vitrine de nos existences en plus d'un moyen d'entrer en contact avec les autres. C'est la seule chose véritablement que l'on ait toujours sur soi ! Mon portable à moi il dort à 10 cm (tant pis pour les ondes) et je l'emmène dans ma salle de bain, il ne me quitte pas d'une seconde et si je l'oublie je suis directement plongée dans le fameux cauchemar que vous connaissez certainement vous aussi : se pointer toute nue pour passer le bac.
Le mobile c'est le lien essentiel, professionnel et personnel, l'hyperlink avec sa société, avec La Société. Il me paraît logique qu'il soit demain naturellement aussi un lien financier. Avec un téléphone on consomme du temps, nos factures sont des relevés de « consommation » téléphonique, alors pourquoi ne pas consommer aussi des biens matériels ? L'étymologie de consommer c'est le latin con sumere « prendre pour soi », mais aussi « manger ». Pourquoi ne pas acheter « à manger » avec son téléphone ? Moi qui n'ai jamais de monnaie sur moi je veux bien payer « content » chez un commerçant grâce au m-payment !

"Plus besoin de faire l'appoint auprès du chauffeur du bus qui vous déteste parce que vous faites perdre du temps à tout le monde en acquérant un ticket à l'unité"

Plusieurs expériences concluantes pour les opérateurs, les banques, les commerçants et surtout les clients ont déjà eu lieu en France, notamment à Caen et Strasbourg en 2007, et aujourd'hui à Nice. Dans ces villes pilotes, tout a été mis en place pour que le mobile se transforme en porte-monnaie électronique ou carte bancaire grâce aux technologies sans contact (ou NFC : Near Field Communication).

Mais pour que le paiement mobile devienne vraiment intéressant pour l'utilisateur, et s'impose à grande échelle, il faut qu'il rassemble un large bouquet de services qui vont au-delà du paiement. Ils sont nombreux, comme le ticketing dans les transports, chouette, plus besoin de faire l'appoint auprès du chauffeur du bus qui vous déteste parce que vous faites perdre du temps à tout le monde en acquérant un ticket à l'unité. D'ailleurs, pour bien vous faire comprendre combien il est inapproprié d'acheter un ticket à l'unité, ledit ticket, vendu au prix extrafort, ne permet pas de correspondance, mais ça, c'est un autre débat. On peut aussi tout à fait imaginer que notre mobile contienne, outre une carte bancaire, les innombrables cartes de fidélité que l'on n'ose jamais refuser de peur de louper une bonne affaire ou encore des coupons de réduction que l'on n'a jamais sur soi au moment où on pourrait les utiliser. Il deviendrait alors non plus un porte-monnaie, mais un vrai portefeuille électronique.

"Encaisser des chèques en les prenant simplement en photo, ça fait rêver et ça existe déjà !"

Mais le m-payment ne se résume pas à remplacer sa CB par son téléphone pour payer, même de petites sommes, chez la boulangère qui ne va pas accepter de sitôt qu'on règle sa baguette tradition via son Amex sous prétexte que ça nous fait des miles. Bien que cet usage soit amené à se généraliser du fait de la praticité et de la sécurité de ce nouveau mode de paiement ! Quand on parle de paiement par mobile, cela recouvre en réalité 3 types d'usages aujourd'hui : le m-payment, le paiement via des SMS surtaxés ou directement sur la facture de l'opérateur pour acheter du contenu (de la musique notamment) ou des services (les applis Iphone par exemple), et le m-commerce, prolongation naturelle de l'e-commerce. Ce dernier point est particulièrement intéressant lorsque l'on a, comme moi, une activité d'e-commerçant.

En 1er lieu parce que plus il y a de moyens de paiement disponibles, plus une vente a de chances de se produire. Mais aussi, et surtout, parce que le paiement par mobile sur un e-commerçant permet de réduire le temps de latence entre le désir (ou le besoin) et l'acte d'achat. Prenons un exemple que je connais bien : vous portez des lentilles de contact et vous vous rendez compte le matin dans votre salle de bain que vous n'en avez presque plus, il est temps d'en commander à nouveau sinon vous allez tomber en panne (ce qui arrive immanquablement, selon la loi de Murphy , un dimanche ou un jour férié !) Bien sûr vous finissez de vous préparer, vous partez au bureau et vous oubliez totalement qu'il vous fallait commander des lentilles, a fortiori vous ne vous connectez pas sur le site web de lentilles-moins-cheres pour le faire. Imaginez maintenant que vous puissiez les commander directement, facilement, rapidement, et de manière sécurisée, depuis votre mobile au moment où vous y pensez dans votre salle de bain ? C'est tout bénef pour le site, qui voit son taux de renouvellement augmenter mécaniquement, et c'est tout bénef pour vous qui ne vous retrouvez pas à sillonner la ville à la recherche de lentilles à la dernière minute (ce qui s'apparente, croyez-en mon expérience, à la quête du Graal), ou, pire, à porter vos vieilles lunettes... !

Enfin, le mobile permet, en plus du m-payment et du m-commerce, de faire du m-banking, soit de la banque à distance. Transférer des fonds, de n'importe où, à n'importe quelle heure, de manière totalement sécurisée et sûre, encaisser des chèques en les prenant simplement en photo, ça fait rêver et ça existe déjà ! Si l'on en croit ABI Research , ce sont plus de 400 millions de personnes qui utiliseront des services de mobile banking en 2015 ! Et si, en facilitant et en sécurisant les échanges, y compris les échanges financiers, la technologie nous permettait, contrairement à ce qu'on aurait pu penser (et entendre), d'être plus libre finalement ? J'en suis intimement convaincue ! Du m au aime-payment il n'y a qu'un petit pas pour l'homme... ;-)

Orianne Garcia

------

Chiffres décembre 2009 sur www.arcep.fr

Loi de Murphy, http://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Murphy

ABI Research est un cabinet de renseignement uniquement dédié aux nouvelles tendances en matière de connectivité et de technologie.

Biographie: 
Ancienne Directrice de Lycos France et co-fondatrice de Caramail, le pionnier des sites d'échanges francophones dans le monde.